LH63 - La LH des Vacances du Springboks

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Les Télévoyages d’Amélie - La culture Afrikaans (3)

Les Télévoyages d'Amélie : La culture Afrikaans (3)

article écrit par Amélie Tochon

Cet article est le troisième que j'écris sur les Afrikaans, il vous est donc fortement conseillé, si ce n'est pas déjà fait, de lire le premier numéro à ce sujet ainsi que le deuxième pour que vous puissiez bien comprendre l'histoire des Afrikaans.

Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, l'Union d'Afrique du Sud possédait une frontière avec l'Allemagne, la frontière avec la colonie du Sud Ouest africain allemand. Cependant le gouvernement de Louis Botha rassura le gouvernement anglais que le Dominion possédait suffisamment de troupes pour résister aux Allemands.

Sud Ouest africain Allemand (l'actuel Namibie)

Drapeau utilisé par les Allemands pour représenter la colonie

Louis Botha

Statue de Louis Botha

Ainsi, au début des hostilités, les troupes sont envoyées à la frontière sous le commandement de l'officier Manie Maritz et d'un de ses supérieurs.

Manie Maritz

Cependant l'annonce de toutes ces opérations ne plaît pas à tout le monde : à cette annonce d'envahir la colonie allemande, le commandant en chef de l'Union Defence Force, le chef de l'armée, Christiaan Beyers, démissionne. Il est un vétéran de la Seconde Guerre des Boers. Il écrit donc à ce sujet : « Il est triste que la guerre soit menée contre la « barbarie » des Allemands. Nous avons pardonné mais pas oublié toutes les barbaries commises dans notre pays (ici la Grande Bretagne) au cours de la guerre d'Afrique du Sud (la seconde guerre des Boers)» .

Christiaan Beyers

Un sénateur, le général Koos de la Rey, grand vétéran de la Seconde Guerre des Boers, refuse de soutenir le gouvernement dans cette guerre, rejoignant le camp de Beyers.

Statue de Koos de la Rey

Le 15 septembre 1914, les deux hommes partent rencontrer le major Jan Kemp, un major possédant un grand arsenal d'armes et 2000 hommes dont beaucoup semblent favorables aux idées de Beyers et de la Rey.

Jan Kemp

Le sujet exact de la visite est encore débattu, le gouvernement sud-africain soutenant que c'était pour organiser une révolte. Beyers soutient quant à lui que c'était pour discuter d'une démission massive d'officiers de l'armée pour protester.

Sur le chemin, De la Rey est abattu à un barrage de police. Ce barrage de police avait pour but de lutter contre un gang de voleurs et meurtriers du coin. De la Rey aurait alors été tué accidentellement. Lors de ces funérailles, de nombreuses rumeurs venues majoritairement d'Afrikaans disent qu'il aurait été assassiné de manière préparée par le gouvernement.

De plus, à la bataille de Sandfontein, sur la frontière entre l'Union d'Afrique du Sud et le Sud-Ouest africain allemand, les armées sud-africaines sont vaincues par le sergent allemand Joachim von Heydebreck. La bataille était importante car elle avait pour but d'avoir le contrôle d'un point d'eau important dans ces régions arides.

Le sergent allemand peu avant la bataille

L'officier Maritz à la frontière avec la colonie Allemande fait défection de l'armée et, soutenu par les Allemands, proclame un gouvernement provisoire, déclarant : « l'ancienne République sud-africaine et l'État libre d'Orange, ainsi que la province du Cap et le Natal sont déclarés libres de l'emprise britannique et indépendants, et tous les habitants Blancs desdits endroits, quelle que soit leur nationalité, sont, par la présente déclaration, invités à prendre les armes pour réaliser l'idéal longuement chéri d'une Afrique du Sud libre et indépendante. »

Rapidement, de nombreux vétérans de la Seconde Guerre des Boers sont donnés comme nom du gouvernement provisoire, citons Maritz, Beyers mais aussi Christiaan de Wet (le grand héros de la guerre de guérilla durant la Seconde Guerre des Boers).

Christiaan de Wet

Statue en l'honneur de Christiaan de Wet à Bloemfontein (l'ancienne capitale de l'État libre d'orange)

Les forces Afrikaans de la rébellion sont rejointes par de nombreux grands citoyens et ils sont en tout 12 000 environ à décider de suivre la révolte.

Dans le camp adverse, Louis Botha prépare 32 000 troupes pour lutter contre eux, dont 20 000 de ceux ci sont afrikaans.

Le 12 octobre 1914, la loi martiale est déclarée (cela veut dire que c'est maintenant l'armée qui fait le travail de la police ou au moins aide la police). Louis Botha entreprend alors de vaincre les rebelles. Le 24 octobre, Maritz est défait, il fuit alors dans la colonie allemande.

Le commando de Beyers est attaqué le 28 octobre et doit se disperser. Beyers, avec ce qui lui reste de force, rejoint alors de Kemp, cependant il se noie le 8 décembre dans la rivière Vaal.

La rivière Vaal

De Wet est capturé dans le protectorat britannique du Bechuanaland (l'actuel Botswana).

le protectorat Bechuanaland

De Kemp fuit avec ses troupes dans le désert du Kalahari.

Désert du Kalahari

Position du désert du kalahari

Après avoir perdu 300 de ces 800 hommes et la plupart de ces chevaux au cours d'un périple de 1100 km, il part rejoindre Maritz dans la colonie allemande. Finalement il revient en Afrique du Sud pour se rendre une semaine après, le 4 février 1915.

Louis Botha, souhaitant la réconciliation plus qu'une répression sanglante, décide de punir les rebelles en ce sens. Ils sont condamnés à 6 à 7 ans de prison et à de lourdes amendes. Ils seront majoritairement relâchés 2 ans plus tard.

Louis Botha est alors libre de mener la majorité de ses troupes contre les Allemands.

De plus la situation devient rapidement difficile pour les Allemands car ils viennent de vaincre l'armée portugaise en Angola (alors colonie portugaise) le 14 décembre 1914, or le Portugal n'était pas entré dans la guerre, et donc l'Angola était jusqu'alors un excellent point de ravitaillement pour les Allemands. Les raisons de ce conflit sont encore floues, l'histoire serait qu'un détachement de l'armée allemande serait allé en Angola pour chercher du ravitaillement. Pour ce faire, ils auraient traversé illégalement la frontière entre l'Angola et la colonie allemande. Une patrouille portugaise leur aurait donc demandé de les suivre à Naulila pour s'expliquer et, pour des raisons inconnues, des coups de feu auraient été tirés, tuant une partie des Allemands. En représailles, les Allemands auraient attaqué les Portugais à Naulila lors de la bataille de Naulila, en gagnant certes mais se coupant de l'approvisionnement possible par l'Angola.

Angola Portugaise

Troupes portugaises allant vers l'Angola

Finalement les troupes sud-africaines réussissent à vaincre les troupes allemandes lors de la bataille de Gibeon les 25 et 26 avril 1915, l'armée allemande perdant son artillerie durant la bataille et un quart de ses troupes.

Le 9 juillet 1915, c'est la victoire définitive des troupes sud-africaines soutenues par des auxiliaires britanniques sur les Allemands. L'Afrique du Sud prend alors le contrôle de fait du Sud-Ouest africain allemand, qui devient simplement le Sud-Ouest africain (Suidwes Afrika en Afrikaans).

Carte de l'Afrique du Sud avec en vert clair le Sud-Ouest africain annexé par le gouvernement de Louis Botha

Cependant, après que le peuple des Ovambos a été chassé d'Angola après avoir cherché à se libérer de la domination portugaise, ceux-ci sont allés dans le Sud-Ouest africain. Ils bénéficient initialement du soutien des autorités sud-africaines qui refusent même l'extradition du roi des Ovambos Mandume alors que les Portugais le demandent. Le roi Ovambo et son peuple bénéficient de la protection de l'Union d'Afrique du Sud à condition qu'il n'attaque pas l'Angola, cependant le roi continue d'envoyer des attaques sur l'Angola. Cela énerve particulièrement Louis Botha.

Mandume ya Ndemufayo, roi des Ovambos avec sa garde personnelle

Dame Ovambo tressant un plateau

Plateau Ovambo

Lors d'une de ces incursions en 1916, les Ovambos prennent en embuscade une patrouille portugaise, tuant 16 soldats et un officier. En réponse, Louis Botha demande donc au roi de venir le retrouver à Windhoek (la capitale du Sud-Ouest africain) pour s'expliquer.

Carte de la Namibie (le Sud-Ouest africain tel qu'il est actuellement) avec les villes, dont Windhoek

Territoires Ovambos

On répond à Louis Botha que la loi de la royauté des Ovambos l'empêche de quitter son territoire et qu'en plus Mandume pense qu'il n'a rien fait de mal à leur encontre.

Au début de l'année 1917, un conflit commence entre Mandume et le commissaire résident du Sud-Ouest africain récemment nommé. C'en est trop pour le gouvernement sud-africain qui envoie un corps expéditionnaire pour mettre fin à la royauté ovambo.

Le 6 février 1917, le roi meurt sous le coup de tir de mitrailleuses sud-africaines près de son palais. Certaines sources disent qu'il n'aurait été que blessé par cet événement et qu'il se serait suicidé dans son palais pour éviter d'être capturé.

Les autorités sud-africaines abolissent complètement la royauté ovambo.

En mai 1918, quelques Afrikaans blancs fondent à Johannesburg une association ayant pour but la défense de la culture Afrikaans et de ses membres et de reprendre les droits perdus lors de la seconde guerre des Boers. Le mouvement s'appelait à l'origine Jong Suid Afrika (Jeune Afrique du Sud), avant d'être renommé Afrikaner Broederbond (Ligue des frères Afrikaners), appelée généralement Broederbond.

Les fondateurs de Broederbond réunis lors de la fondation de l'association

Carte des villes d'Afrique du Sud avec la position de Johannesburg

L'association, au début, ne possédait que quelques pasteurs calvinistes, des employés de chemin de fer et des policiers, mais deviendra à partir de 1921 une fraternité secrète recrutant de nombreux instituteurs, universitaires et politiciens. Pour y entrer, il fallait être un homme afrikaans blanc dont la langue maternelle est l'Afrikaans de plus de 25 ans, de revenus aisés et soutenu par deux membres de la fraternité.

C'est dans cette organisation que seront définies l'identité Afrikaans et qu'ils placeront cette identité au-dessus des autres identités d'Afrique du Sud. Il s'agit de la fondation du concept de l'Afrikanerdom qui va servir de base à la formation de l'apartheid, même si à cette époque la question de séparation entre les Noirs et les Blancs n'est pas une préoccupation des Afrikaans.

En 1919, Louis Botha meurt, Jan Smuts, ancien membre du gouvernement de ce dernier, prend sa place à la tête du gouvernement. Lors des élections de 1920, son parti (le parti fondé par Louis Botha) ne récolte que 41 sièges contre 44 pour le parti national. Celui-ci s'allie à un parti pro-britannique récupérant leurs 25 sièges, lui permettant de devenir le premier ministre officiel de l'Afrique du Sud.

Le gouvernement Smuts

Jan smuts

En 1920, l'Afrique du Sud rejoint la Société des nations (une organisation créée à la fin de la Première Guerre mondiale, elle avait pour but de préserver la paix) en suivant sa propre voie. Le pays est ainsi de fait un pays indépendant mais reste une partie de la Grande-Bretagne d'après la loi, gardant son statut de dominion.

Emblème de la Société des nations

La même année, l'Afrique du Sud reçoit de la Société des nations l'autorisation d'annexer le Sud-Ouest Africain.

Après la Première Guerre mondiale, on assiste à la migration de nombreux afrikaans des campagnes, due à une grande sécheresse et à une crise économique. Ils entrent ainsi en compétition avec les ouvriers d'origine autochtone bien moins chers qu'eux. De plus, leur présence dans les villes provoque un phénomène d'acculturation par les anglophones blancs pourtant minoritaires sur le territoire par rapport aux Afrikaans. Cela va créer une véritable peur pour les Afrikaans de voir leur culture disparaître dans cette culture. Cette population reçoit dès les années 1920 le surnom de pauvres blancs et compte alors 300 000 individus.

De l'autre côté, si les peuples autochtones (nommés les Bantous par le gouvernement, qui vient d'un mot d'un des groupes de langues parlées en Afrique du Sud, le groupe des langues bantoues, qui signifie homme) ont majoritairement participé à l'effort de guerre et espéraient en retour recevoir un traitement plus correct, ils ne reçoivent en retour qu'une ségrégation plus forte.

En 1919, Clements Kadalie, un petit-fils d'un chef suprême des Tongas (un groupe ethnique de l'actuel Malawi), venu en Afrique du Sud pour trouver un emploi, fonde un syndicat pour les ouvriers noirs, l'Industrial and Commercial Workers Union of Africa (ICU en abrégé). En décembre 1919, il organise avec 200 dockers (ouvriers du port) au Cap une grève de 14 jours empêchant l'exportation de marchandise durant cette période.

Position du Malawi

Ce grand succès va faire de ce syndicat, un syndicat très important avec déjà 100 000 affiliés en 1927, l'un des plus importants du continent africain.

Les intellectuels bantous, quant à eux, continuent de chercher à améliorer le sort des autochtones par le dialogue avec les autorités. John Dube, ancien président et membre fondateur du Congrès national africain, participe à de nombreuses conférences auxquelles assiste le gouvernement de Smuts pour l'harmonie entre les Noirs et les Blancs. Il préconise de combiner l'éducation occidentale avec les coutumes et les traditions locales.

Drapeau du Congrès national africain

À la fin des années 1920, la Chambre des mines décide de remplacer ces employés blancs par des employés noirs payés au lance-pierre (quatre fois moins bien que leurs alter egos blancs).

Pour les Afrikaans, c'en est trop et, soutenus par le Parti communiste sud-africain, ils déclenchent une grève générale des mineurs afrikaans au début de l'année 1922 (la grève commençant le jour de l'an 1922). Cette grève demandait que les emplois blancs qualifiés soient maintenus et une amélioration salariale. Le Parti communiste d'Afrique du Sud ayant sorti le slogan « Travailleurs de tous pays, unissez-vous pour une Afrique du Sud blanche ».

En réponse à cette grève, les directions des mines embauchent plus de travailleurs noirs pour remplacer ceux qui sont en grève.

Cette politique va augmenter l'ampleur de la grève.

Smuts tente alors une médiation avec les ouvriers, cependant les ouvriers sont majoritairement des Afrikaans qui ont souvent vu d'un très mauvais œil le soutien qu'il a eu lorsque le gouvernement de Louis Botha a écrasé la révolte afrikaans de 1914. Smuts détestant en plus le communisme et le socialisme, alors qu'il cherchait à être impartial au début, il finit par prendre parti pour les directions des mines, ordonnant la fin de la grève au nom de l'ordre publique.

Cependant, la grève, en plus des communistes, reçoit le soutien du parti national de James B. Hertzog (aussi appelé en long le parti national uni africain).

James B. Hertzog

Logo du parti national

Tielman Roos, le chef de ce parti au Transvaal exprime ouvertement son soutien aux manifestants, il appela, « agent de la chambre des mines ».

La chambre des mines refuse les négociations, les grévistes, pour certains armés, commencent à manifester dans les rues minières en bloquant les points de passage importants. La police, après avoir reçu des refus des grévistes de se disperser, commence à charger la foule. Cela va commencer une période de nombreuses violences entre les grévistes et les policiers, mais aussi des grévistes envers certaines personnes du milieu minier.

Les grévistes manifestent en arborant le drapeau rouge les jours suivants, la police répond à cela en leur tirant dessus.

Le 6 mars 1922, la grève générale est déclarée et les syndicalistes demandent l'aide de tous les syndicats des autres pays. Les grévistes assassinent des journalistes noirs, ainsi que des membres de la direction des mines.

Le 7 mars 1922, le gouvernement de Smuts considère maintenant la grève comme une insurrection ayant pour but de créer une terreur rouge en Afrique du Sud et de créer une révolution communiste dans le pays.

Il ordonne la loi martiale dans tout le pays, le 10 mars. Deux jours plus tard, Smuts est victime d'une tentative d'assassinat un peu en dessous de Johannesburg par un groupe se revendiquant comme lié à la grève. Il fuit alors avec son chauffeur et son secrétaire pour gagner Johannesburg en forçant les barrages des grévistes sous le coup des balles de ces derniers. Les pneus crevés, la voiture finit par s'arrêter. Le secrétaire utilise alors son arme pour essayer de faire retarder les grévistes. Smuts se fait menacer par un gréviste armé d'un fusil à bout portant de ce dernier, le gréviste renonçant finalement à tirer. Smuts parvient grâce à cela à rejoindre le quartier général de la police de Johannesburg.

Smuts ordonne une contre-insurrection extrêmement violente, l'aviation bombarde les manifestants, pendant que l'armée arrive pour libérer les territoires contrôlés par les grévistes.

Smuts finit même par faire à la fin bombarder l'école où se trouvent les derniers résistants après avoir fait évacuer les femmes et les enfants de la ville, le 18 mars au soir. Cela provoque la mort d'environ 200 personnes et environ 1000 blessés.

1500 mineurs sont alors licenciés, de nombreux autres sont jugés pour meurtre puis exécutés. D'autres sont expulsés de l'Afrique du Sud. Quelques-uns sont finalement graciés.

Les grévistes sont obligés d'accepter les conditions des directions des mines. Cependant le gouvernement adopte une loi réservant certains emplois aux Blancs dans le secteur minier et industriel.

Monuments rendant hommage aux victimes de cette grève

Smuts pense qu'en ayant maté la révolte, il a ainsi obtenu le soutien de l'opinion publique, cependant le Parti national se déchaîne contre lui à cause du coût humain très important de sa répression, ainsi que du coût matériel provoqué (les villes sont en grande partie détruites et les mines ne sont pas dans un meilleur état). En plein parlement Hertzog , président du parti national accuse Smuts d'être le responsable des troubles et du bain de sang en n'ayant pas su négocier avec les mineurs. Hertzog devant alors partir précipitamment car lors de cette session parlementaire, les partisans de Smuts se déchaînent violemment contre lui.

Les pasteurs commencent dans leur église à prendre position contre Smuts, l'appelant Smuts le sanglant. Les nationalistes et les socialistes travaillent ensemble pour lutter contre Smuts. Cette haine contre Smuts augmente lorsque celui-ci se rend en Angleterre, où il prend parti pour une révision du traité de Versailles pour baisser la quantité d'argent que doit payer l'Allemagne et ainsi lui permettre de se relever. Cette position est très mal accueillie par les Sud-Africains qui l'accusent d'être un agent britannique qui ne s'occupe pas des intérêts des Sud-Africains, mais aussi par les gouvernements des autres dominions car ils trouvent cela déplacé qu'un premier ministre s'occupe des affaires de l'Europe sans consulter les ministres britanniques.

Lors des élections de 1924, Hertzog, en plus de son alliance avec les socialistes, rassembla les pauvres blancs en leur promettant de les aider mais aussi les métis (qui sont majoritairement des Afrikaans) de la province du Cap en leur promettant plus de droits. Rappelons ici que le vote est permis aux Blancs de plus de 21 ans et, dans les provinces du Cap et du Natal, aux Bantous et métis ayant suivi un certain nombre d'études et payant une bonne quantité d'impôt.

Hertzog gagna alors haut la main l'élection. Malheureusement pour Hertzog cela se fait avec des compromis, en effet lui dont le parti souhaite que l'Afrique du Sud devienne une république libre du Royaume-Uni ne peut le faire à cause des engagements qu'il a pris avec le Parti travailliste avec qui il est allié.

Le gouvernement Hertzog (celui de 1929)

Cependant cela ne l'empêche pas de commencer à mettre en place de nombreuses mesures pour appliquer sa volonté de défendre les Afrikaans. La langue afrikaans remplaçant le néerlandais comme langue officielle du pays et le bilinguisme obligatoire dans l'administration publique.

Il aide au développement de la communauté afrikaans dans le pays. Il met un point d'honneur à aider les pauvres blancs afrikaans mais aussi de manière générale les afrikaans venant de milieux pauvres moyens. Il défend particulièrement les Afrikaans face aux grandes entreprises minières.

En 1926, Hertzog souhaite changer le drapeau sud-africain, espérant un drapeau sans Union Jack dessus. Cependant rapidement naquit la peur que ce drapeau ne réattise l'antagonisme entre les Afrikaans blancs et les anglophones blancs. Cependant, après de nombreuses négociations avec Smuts, qui dirigés l'opposition à Hertzog, pour éviter que des hostilités ne commencent entre les communautés Afrikaans et anglophones d'Afrique du Sud, il fut décider de mettre l'Union Jack sur le drapeau pour représenter les anciennes colonies du Cap et de Natal. Le drapeau finale fut alors le Prinsenvlag ( le drapeau du Prince en Néelandais), un ancien drapeau néerlandais, sur lequel ont été apposé un logo représentant l'Union Jack, le drapeau de l'état libre d'Orange et le drapeauu Transvaal.

Il sera adopté en 1927 par un vote du parlement sud-africain et trônera pour la première fois le 31 mars 1928.

Ancien drapeau de l'Afrique du Sud

Prinsenvlag

Le logo

Le drapeau Sud Africain

Le drapeau Sud Africain flottant

Cependant, en 1928, les négociations entre le ministre travailliste chargé du Travail et l'ICU de Clements Kadalie provoquent la chute du gouvernement. Hertzog forme un nouveau gouvernement en 1929.

L'ICU étant à l'époque le plus grand mouvement bantou et métis, mais c'est à partir de ce moment-là qu'il va péricliter. On est dans une période où les mouvements pour plus de droits pour les Bantous réclament des véritables changements (certains demandent le suffrage universel) et souhaitent l'obtenir par la grève et le refus de payer les impôts, là où l'ICU souhaite ménager le gouvernement central, ne demandant qu'une modification des aspects marginaux du système de l'Afrique du Sud.

En 1926, la déclaration de Balfour donne encore plus d'autonomie aux dominions, déclarant la fin de l'ingérence du gouvernement britannique dans les affaires des dominions, les dominions devenant les égaux du Royaume-Uni. Il s'agit d'un nouveau grand pas vers l'indépendance réelle de l'Afrique du Sud.

Les dirigeants des dominions en 1926 (Hertzog est la deuxième personne debout en partant de la droite)

Au début des années 1930, une grande sécheresse touche le pays et la dépression économique mondiale poussent à un rapprochement entre Smuts et Hertzog.

Le 5 décembre 1934, le parti d'Hertzog et celui de Smuts fusionnent en le Parti national uni d'Afrique du Sud (Verenigde Suid-Afrikaanse Nasionale Party en afrikaans) lors d'un congrès à Bloemfontein. Cette fusion montre l'aspect assez difficile dans lequel se trouve l'Afrique du sud et d'ailleurs certaines personnes dans le camp d'Hertzog refusent cette fusion et forment le Parti national purifié dirigé par Daniel François Malan, tandis que les pro-britanniques du parti de Smuts se réunissent sous l'égide du parti du Dominion.

Daniel François Malan

Smuts et Hertzog se mettent d'accord sur certains points comme par exemple : le maintien de l'autonomie de l'Union, la reconnaissance du drapeau national comme symbole d'unité, l'équité linguistique pour les deux langues officielles, la défense des populations rurales, la défense de la monnaie et des intérêts économiques, ou encore le développement politique et économique des populations autochtones via le renforcement de la ségrégation pour de ne pas remettre en cause le principe de domination de la civilisation blanche.

En 1935, le parti uni de Smuts et Hertzog remporte 125 sur les 150 sièges.

Pour faire face à la crise, certaines lois sont mises en place, comme en 1935 une loi protégeant les agriculteurs face à leurs créanciers. Le gouvernement négocie également avec la Grande-Bretagne des prix garantis pour les produits sud-africains vendus dans le monde.

En décembre 1935, le maire de Bloemfontein organise une conférence avec des représentants du Transkei (le pays des Xhosas), du Zoulouland, des métis, des Indiens vivant en Afrique du Sud et d'États voisins (comme le Bechuanaland, actuel Botswana, le Swatiland, actuel Eswatini) contre les lois proposées par le gouvernement sur les droits des populations autochtones. Ils font envoyés une délégation au gouvernement qui sera reçue mais n'affectera pas l'acceptation de ces lois.

La première de ces lois institue des conseils de représentations indigènes (Native Representative Councils), purement consultatifs et composés de Noirs élus, d'autres nommés, et de fonctionnaires. En contrepartie, les électeurs noirs sont radiés des listes électorales communes de la province du Cap et réinscrits sur une liste séparée afin d'élire trois députés et quatre sénateurs blancs représentant leurs intérêts au parlement. La seconde de ces lois controversées, intitulée loi sur le fonds d'investissement foncier et la terre indigène, agrandit la superficie des réserves indigènes existantes à 13 % de la surface du pays, ôtant dans le même temps aux résidents noirs du Cap le droit d'acheter de la terre en dehors des réserves.

En 1937, un rapport officiel préconise d'inclure les Métis dans les listes électorales mais Daniel François Malan et ses partisans s'y opposent, demandant une ségrégation entre les Métis et les Blancs. Les Afrikaans non blancs resteront exclus de la politique.

En 1938, les célébrations des 100 ans du Grand Trek forment un événement très important pour les Afrikaans. On reconstitue le Grand Trek, des chariots partant le 8 août 1938 au nom des grands héros et héroïnes du Grand Trek de la région du Cap vers Pretoria. L'identité afrikaans, qui avait perdu en intérêt avec le temps, reprend une force importante et au fur et à mesure que les chariots passent dans des villes et des villages, de nombreux Afrikaans renomment des rues Voortrekker Straat ou Pretorius Straat( straat voulant dire rue en Afrikaans), s'habillent comme les Afrikaans lors du Grand Trek et partent eux aussi en chariot jusqu'à Pretoria.

Le 16 décembre 1938, 100 000 Afrikaans assistent à la pose de la première pierre du Voortrekker Monument, monument commémoratif du Grand Trek. Il y a parmi ces Afrikaans les descendants d'Andries Pretorius, de Piet Relief.

Construction du Voortrekker monument

Voortrekker monument

Afrikaans lors de ce grand Trek en 1938

Un des chariots utilisés lors de ces festivités

Tombeau construit pour symboliser tous les Voortrekkers morts lors du Grand Trek, avec dessus une phrase symbolisant l'allégeance des Afrikaans à l'Afrique du Sud (Ons vir jou Suid Afrika signifiant littéralement nous pour toi Afrique du Sud)

Quand, le 1ᵉʳ septembre 1939, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne, Smuts pense qu'il est inévitable alors pour l'Afrique du Sud d'entrer en guerre aux côtés des Alliés. Hertzog, quant à lui, souhaite que l'Afrique du Sud reste neutre dans le conflit.

Hertzog demande que l'on organise de nouvelles élections pour que les électeurs donnent leur avis mais cela lui est refusé. Finalement la Chambre du parlement tranche la question en faveur de Smuts. Hertzog démissionne et quitte également le parti Uni. Smuts devient alors premier ministre le 6 septembre 1939. 3 jours plus tard, Smuts déclare la guerre aux forces de l'Axe.

Affiche pour soutenir Smuts durant la guerre

Smuts fait face dans l'Afrique du Sud à l'Ossewabrandwag (la sentinelle du char à Bœufs), une organisation militaire composée d'Afrikaans hostiles à l'entrée en guerre de l'Afrique du Sud. Ils faisaient de nombreux actes de sabotage. Ils dynamitèrent des lignes électriques, des voies de chemin de fer, des lignes de télégramme et de téléphone. Le point culminant fut une émeute, le 1er février 1941 à Johannesburg, où 140 soldats furent sérieusement blessés. Ces actes les rendirent impopulaires auprès des Afrikaans. Malan demande même à son parti national de rompre tout lien avec eux en 1942.

Les Stormjaers (les troupes d'assaut) étaient le nom donné aux combattants de ce groupe, ils prêtaient pour serment : As ek omdraai, skiet my. As ek val, wreek my. As ek storm, volg my ( Si je bats en retraite, tuez-moi. Si je meurs, vengez-moi. Si j'avance, suivez-moi.)

Smuts fait, pour lutter contre eux, réquisitionner toutes les armes à feu. Il fera également interner ces membres durant la période de la guerre.

Il fait également rationner le carburant et un contrôle des prix est mis en place.

Toutes les grandes entreprises commerciales et industrielles, les ports, les chemins de fer, la sidérurgie, les mines, l'industrie du textile sont mis à contribution et réorientés pour participer à l'effort de guerre.

L'Afrique du Sud étant un pays très industrialisé contribue énormément matériellement à l'effort de guerre, mais aussi par l'envoi de nombreux contingents en Éthiopie (alors en partie une colonie italienne, une partie n'ayant jamais été conquise par l'armée italienne), en Somalie Italienne, à Madagascar contre les Vichistes.

Troupes Sud africaines en éthiopie avec le drapeau Italien prit lors d'une victoire face à ces derniers

En tout, 334 000 Sud-Africains participeront à la guerre, seuls les Blancs sont autorisés à rentrer dans les unités combattantes mais des milliers d'autochtones et de métis participent à la guerre en tant qu'auxiliaires (5000 d'entre eux environ mourront durant les bombardements). 12 080 combattants sud-africains perdent la vie durant ces combats.

De plus cette période voit l'arrivée de mouvements pronazis en Afrique du Sud, on peut citer le parti constitué par l'anglophone Oswald Pirow, nommé Nouvel Ordre, aux idées ouvertement nazies. Ce parti sera ouvertement critiqué par Daniel François Malan et ce dernier lutte ouvertement pour empêcher que ce parti ait des sièges lors des élections de 1943, ce qu'il arrive à faire.

De plus, par hostilité au colonialisme, aux Britanniques et des fois au capitalisme, certaines voix se font entendre par les autochtones, les Métis et les Indiens contre la guerre, certains membres du Parti communiste sud-africain finissant des fois en prison en raison de leurs discours antiguerre.

En 1943, le Congrès national africain (ANC) ouvre la possibilité pour tout le monde d'adhérer, accordant aux femmes des droits égaux aux hommes au sein du mouvement.

En 1944, le mouvement facilite la création dans l'université de Fort Hare de la Ligue des jeunes de l'ANC, créée en partie par le jeune Nelson Mandela.

Nelson Mandela en 1937

L'ANC met pour revendication de manière définitive le droit de vote universel, passant d'un mouvement contre les discriminations raciales à une demande de pouvoir politique pour chacune et chacun.

À la fin de la guerre, Smuts, faisant partie des signataires du traité de paix, contribue à la création de l'ONU, rédigeant le préambule de cette dernière.

Il ne voit pas de contradiction fondamentale entre les principes universels mentionnés dans la charte et la politique de ségrégation qu’il défend en Afrique du Sud et qu’il entend réformer.

Il énonce en effet le principe des « droits civils pour tous les peuples « devenus civilisés » sans distinction de race » et mandate une commission chargée de faire des propositions en la matière.

Dans ce cadre, Jan Smuts donne son approbation aux conclusions du rapport d'une commission qui préconise une libéralisation du système racial, en commençant par l’abolition des réserves ethniques ainsi que la fin du contrôle rigoureux des travailleurs migrants.

De son côté, le Parti national (le parti de Malan) mandate sa propre commission dont les conclusions, en se référant au nouveau concept d’apartheid, sont exactement inverses de celles de la commission qu'a approuvée Smuts.

Ainsi se conclut ce troisième épisode sur les Afrikaans en espérant qu'il vous aura plu !